Après le printemps arabe, une contre-révolution au Maroc ?

La visite de François Hollande au Maroc les 3 et 4 avril dernier a mis en lumière l’évolution du régime monarchique à la suite des soulèvements du printemps arabe. Deux ans après la promesse d’une “révolution tranquille” par Mohammed VI et l’adoption d’une nouvelle constitution, qu’en est-il des libertés dans ce pays souvent regardé positivement par les diplomaties occidentales ?
Les réformes politiques profondes espérées par la population marocaine qui avait répondu à l’appel du mouvement du 20 février semblent toujours se faire attendre. Le Parti islamiste de la Justice et du Développement, à la tête du gouvernement depuis les élections de novembre 2011 n’a pas accéléré le processus démocratique. Il semble, au contraire, que la classe politique et la royauté tentent de faire barrage au changement auquel aspirent les marocains descendus dans les rues de Rabat en mars dernier.
Un long chemin vers la démocratie : droits de l’homme et libertés bafoués
En effet, la monarchie marocaine est encore loin d’être parlementaire et démocratique. En plus d’un large contrôle exercé sur le gouvernement, le roi maintient une chasse gardée sur les affaires étrangères, la défense et l’économie. L’entretien d’un culte de la personnalité aboutit par ailleurs, à une presse censurée et à une liberté d’expression restreinte, aucune critique n’étant permise. L’absence de critique et d’alternative au sein de la classe politique mine ainsi la possibilité d’une évolution démocratique. De nombreux prisonniers politiques peuplent encore les prisons marocaines tandis que les procès militaires et la torture sont pratiques courantes. Human Rights Watch a publié, à ce sujet, un rapport accablant détaillant les « traitements inhumains » infligés lors du procès de prisonniers sahraouis devant le tribunal militaire de Rabat en février dernier.
« Un pays de stabilité et de sérénité » selon François Hollande : les affaires plutôt que les droits de l’homme
En dépit des ONG qui s’élèvent pour dénoncer le manque de libertés au Maroc, le Président de la République française n’a pas hésité à vanter la stabilité du pays. Il a également précisé que les deux Etats partageaient des valeurs de démocratie, de pluralisme et d’égalité entre les hommes et les femmes. Si le pays est tout de même marqué des tentatives d’ouverture politique, selon Leah Whitson de Human Rights Watch, rappelons que les femmes marocaines sont, aujourd’hui, seulement 7% dans les instances dirigeantes (1).
Dans le but de légitimer un partenariat économique et diplomatique, le Maroc a ainsi été présenté par François Hollande comme un modèle de stabilité, en particulier en comparaison avec les autres pays traversé par les Printemps arabes, où il considère que s’opère un « repli ». Malgré une place privilégiée d’aide bilatérale principale, la France a choisi de ne pas mettre en lumière les abus de pouvoir.
(1) : Selon une étude rendue publique lors d’un colloque organisé avec l’ONU-Femmes
Sirine Azouaoui

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