Maroc : Procès du journaliste qui a voulu débattre des absences du roi Mohammed VI

Par: Ignacio Cembrero 28/6/2013
Traduction de l’espagnol par Ahmed Benseddik
Ali Anouzla, directeur du journal Lakome numérique, a été inculpé de diffusion de fausses informations sur une rixe tribale.
« Le roi Mohammed VI, qui accumule de nombreux pouvoirs (Commandeur des croyants, Commandant en Chef des Forces Armées Royales, Président du Conseil des ministres, Président du Conseil supérieur de la magistrature et du Conseil supérieur des Oulémas, etc.), a-t-il le droit de s’absenter si souvent et si longtemps sans même annoncer la date et la durée de ses voyages à l’étranger ? Cette habitude royale pose un vrai problème constitutionnel, politique et moral. »
Le seul journaliste marocain qui a osé poser cette question et apporter une réponse a été, le 4 Juin, Ali Anouzla, directeur du site numérique indépendant Lakome, dans un éditorial intitulé «De l’absentéisme royal». Il a publié le 4 Juin quand le souverain était en vacances en France. Au total, le monarque a consacré, depuis le début de l’année 2013, dix semaines à des voyages privés à l’extérieur du Maroc, en particulier au château qu’il possède à Betz, au nord de Paris.
Ali Anouzla a été convoqué mardi 25 Juin par la police judiciaire de Fès et, le mercredi, par le procureur de la même ville. Il a été auditionné et accusé de «publication et diffusion, de mauvaise foi» de «fausses informations» et «faits inexacts» de nature à troubler l’ordre public. Il risque une condamnation en vertu de l’article 42 du code de la presse marocaine, à une peine allant d’un mois à un an de prison et une amende comprise entre € 110 et € 9.500.
Quelle fausse information Anouzla a-t-il publié ? Le lundi 17 Juin vers 13h30, Lakome a repris une information publiée par RASSD, un journal numérique de Fès récemment crée, qui faisait état d’affrontements tribaux près de la ville ayant causé sept morts. A 14h, n’ayant pas pu vérifier la véracité de l’information, Lakome a retiré l’article en question, et peu après après 17h le site s’est excusé auprès de ses lecteurs suite à cette erreur.
Le directeur du site local à Fès a également été convoqué par le procureur. Il a avoué avoir inventé l’histoire en vue d’induire en erreur les autres journaux numériques d’information. Mais le parquet n’a pas convoqué les responsables des autres sites numériques qui ont publié la même information fictive, parfois pendant des jours, et qui n’ont pas pris la peine de s’en excuser.
« Je me demande si mon inculpation pour diffusion de fausses informations n’est qu’un prétexte, et si les motivations sont ailleurs », explique Anouzla au téléphone. Le procureur était pressé. Il a fixé l’audience pour le 16 Juillet. S’il est reconnu coupable, Anouzla ira en prison. En 2009, un tribunal l’avait déjà condamné à une peine d’un an de prison avec sursis, conformément à l’article 42 du code de la presse. Comme il s’agit de récidive, il devrait cumuler les deux peines.
À la fin Août 2009, le palais royal marocain a publié un communiqué expliquant que le roi avait attrapé une infection dite rotavirus, une maladie qui affecte les intestins et qui l’a obligé à «une convalescence de cinq jours.» «L’état de santé de Sa Majesté le Roi n’est pas préoccupant», conclut le texte de ce communiqué.
Anouzla, qui dirigeait à l’époque le quotidien Al Jarida Al Oula, avait publié un article intitulé: « La maladie royale retarde les causeries religieuses et son déplacement à Casablanca ». Un autre article signé par la journaliste Bouchra Eddou, signalait, en citant un médecin anonyme, que « l’origine du rotavirus contracté par le roi est due à la consommation de corticoïdes contre l’asthme qui causent l’enflure du corps et diminuent l’immunité». Ce commentaire médical lui a valu la condamnation.
Étouffé par le manque de publicité Al Jarîda Al Oula a fermé en mai 2010, mais huit mois plus tard, Anouzla, infatigable, lance le site numérique arabophone Lakome. Plus tard, il lance avec Aboubakr Jamai une version francophone. Leur seule source de revenus pendant des mois fut la publicité de Google. Mais le site a connu un succès indéniable. Quand il a appris qu’il était poursuivi, Anouzla a déclaré : « La ligne éditoriale de Lakome ne changera pas d’un iota. ». Ceux qui connaissent la presse marocaine savent tous qu’ Anouzla est sans doute le journaliste le plus indépendant.
Lorsqu’il n’est pas poursuivi par la justice, Anouzla est l’objet de harcèlement de la part des médias proches des autorités. Lorsqu’en Avril, le Conseil de sécurité de l’ONU a renoncé à élargir le mandat des casques bleus au Sahara occidental (MINURSO), afin qu’ils puissent surveiller les droits de l’homme, plusieurs médias proches des officiels avaient annoncé que le journaliste avait tenté de se suicider et avait été hospitalisé dans un état grave.

Sahara Info n°51 – " Bonnes et mauvaises nouvelles ! " – Juillet 2013

En ce début d’été et la mise en veille, pour beaucoup d’entre nous de nos habituelles activités et préoccupations, une newsletter aux multiples sujets !
En priorité, bienvenue aux enfants sahraouis des campements qui par centaines, ou par milliers en Espagne, arrivent en Europe pour de belles vacances et pour se transformer en jeunes ambassadeurs ! Cet accueil a commencé en 1980, en France, et entretient depuis une tradition de solidarité qui a mis à l’abri des générations d’enfants de la détestation du monde !
Se réjouir également de la vitalité des associations solidaires en France qui maintiennent le cap de l’engagement politique en faveur de l’autodétermination et celui de la générosité !
Se réjouir surtout de la capacité de mieux en mieux maîtrisée, des associations sahraouies au Sahara occidental occupé, d’organiser publiquement leur opposition à la présence coloniale marocaine.
Et enfin, très vivement se féliciter de la création ce 28 juin 2013, duGroupe d’étude « Sahara occidental » à l’Assemblée nationale.Monsieur Nicolas Sansu, député-maire de Vierzon (qui vient il y a quelques jours d’accueillir 9 enfants sahraouis dans sa mairie) en sera un des co-présidents. Sincères félicitations Monsieur le Président ! et succès au groupe d’étude afin que le plus grand nombre d’élus s’emparent du dossier et pèsent pour le respect du droit international.
Les mauvaises nouvelles ou les difficultés marquent tout autant le cours de cette année. Conseil de sécurité réuni en avril, aux résultats décevants : rien pour doter effectivement la mission de paix, installée depuis 1991, de moyens de protection des Sahraouis qui veulent l’autodétermination et blocage du processus de négociations entre le Maroc et le Front Polisario. Notre pays est resté fidèle à sa traditionnelle amitié avec la monarchie marocaine et avec d’autres, a pesé en faveur del’entêtement marocain à rester au Sahara occidental.
Maintien au Sahara occidental d’une imposante pression policière et militaire qui s’efforce par l’intimidation et la violence, d’empêcher tout rassemblement, toute initiative mettant en cause la présence coloniale marocaine au Sahara et maintien en coupe réglée de l’exploitation des ressources naturelles du territoire et des principales activités économiques.
Condamnation à des peines très lourdes des militants de Gdeim Izik,règlement politique au terme d’un procès tenu par une Cour militaire, pour effacer le grand mouvement populaire d’octobre 2010. Dans un pays,le Maroc, qui prétend être devenu un modèle de démocratie et de respect des droits humains, existent encore des cours militaires auxquelles le Conseil National des Droits de l’Homme (CNDH) ne trouve rien à redire !
Bonnes et mauvaises nouvelles nous invitant à poursuivre notre engagement résolu en faveur de l’autodétermination du peuple sahraoui et à réussir avec les réfugiés des campements comme avec les habitants du Sahara occupé, initiatives, projets, coopérations et contribuer à son application et à l’indépendance du Sahara occidental.
Le Mans / 5 juillet 2013
Association des Amis de la RASD 356 rue de Vaugirard 75015 Paris

Coup d’état en Egypte. Regard sur le monde arabe.

Écrit par Jacob Cohen, Lakome, 4/7/2013
Ce qui s’est passé en Égypte est d’abord un coup d’État, c’est-à-dire un renversement par la force des institutions démocratiques, suivi par l’arrestation arbitraire des principaux responsables, légitimement élus.
On peut bien sûr épiloguer sur la dérive «islamiste» du pouvoir et de la nécessité d’y mettre un terme. Au nom de certaines valeurs tout à fait honorables et qui définissent une société démocratique et évoluée. Ces valeurs que l’Occident souffle aux oreilles des Arabes qui se disent et se veulent progressistes. Pourquoi pas ? Sauf que.
Jacob Cohen
Depuis 2 siècles, l’Occident n’a eu de cesse d’occuper, d’exploiter et d’humilier la Nation arabe. De créer des États artificiels comme le Koweït ou la Transjordanie pour s’accaparer de richesses ou placer un roitelet servile. Et une fois les « indépendances » octroyées, de soutenir des régimes dictatoriaux et corrompus pour garder la haute main sur tous les pays de la région. Enfin l’Occident a créé, développé et armé Israël pour servir de chien de garde et briser toute tentative d’émancipation et de développement autonome de tout pays arabe. Rappelez-vous comment l’Egypte de Gamal Abdel Nasser a été humiliée, écrasée et défaite, parce que le Raïs avait osé nationaliser le Canal de Suez et appeler à l’unité et à la résistance. 
L’Egypte actuelle est réduite à demander l’aumône de l’Amérique et des monarchies du Golfe, et à respecter les injonctions du régime sioniste. Moubarak a été un superbe toutou pendant 30 ans. Mais « respecté » par les dirigeants du monde. Que de fois Israël lui a décerné un certificat de bonne conduite ! Ah, quelle perte !
Ces « valeurs » dont se gausse l’Occident, elles ne sont pas pour les bougnoules. Malgré les gesticulations pathétiques de beaucoup d’Arabes.
Le Maroc, comme d’autres pays, disposait après l’indépendance d’une classe politique et intellectuelle désireuse de mener la société vers la justice, l’alphabétisation, le parlementarisme, le combat anti-colonial, etc. Mais Hassan II, avec la bénédiction de la France et de l’Amérique, a détruit toutes les forces progressistes et élevé la corruption au rang de valeur absolue. Sa fortune est bien gardée dans les coffres occidentaux. Et le pays est devenu une chasse gardée du Mossad.
On pourrait dresser le même constat pour les autres pays. Mais que l’un d’entre eux osât briser le joug impérial, et la vengeance s’abat sur lui avec une terreur telle que la leçon a bien été retenue. Avec la complicité et la honte des États «frères». Je veux bien sûr parler de l’Irak. C’était pourtant un État laïc où la femme était libérée. Quelle parodie ! L’Occident se fiche éperdument de la femme arabe. Comment cette entourloupe échappe-t-elle encore aux esprits éclairés ? Prenez la situation de la femme en Arabie Saoudite. Vous faut-il un dessin ?
Pourtant, nos médias et nos politiques sont d’une discrétion touchante. Parce que c’est un pays aux ordres. L’Occident adore l’Arabie Saoudite. Sa stabilité. C’est-à-dire l’immobilisme d’une monarchie ventrue, pourrie jusqu’à la moelle, veule, insipide, machiste, collaborant même avec les sionistes, envoyant ses tanks mater la révolution au Yémen et à Bahrein. Tenez ! Où sont ces voix qui hurlent à la démocratie ? 
Les Saoudiens qui tranchent les têtes au sabre en place publique. Les mêmes Saoudiens, hypocrites et menteurs, qui avaient transformé Casablanca dans les années 80 en lupanar pour consommer l’alcool, les putes et double prime pour les vierges nubiles. Les autorités locales avaient la reconnaissance du ventre, en leur offrant un terrain de 3 hectares sur la Corniche, où ils ont construit un palais pour leurs orgies et une… mosquée.
Pour une fois, une fois en 60 ans, qu’un pays arabe sur 22 avait élu ses dirigeants de façon démocratique, et c’en est déjà trop au bout d’une année. On fait appel aux militaires pour rétablir la démocratie, et on glorifie leur action. Des militaires dont la fine fleur est formée (formatée) dans les académies US, qui ont régné sans partage pendant 40 ans, fait main basse sur l’économie égyptienne, amassée des fortunes planquées dans les paradis fiscaux, signé une paix séparée avec l’ennemi sioniste et lui livrant la Palestine, se soumettant aux instructions d’Israël pour briser la résistance des Gazaouis, acceptant l’aide américaine (le 1/3 que reçoit Israël pour une population 10 fois supérieure) qui met le pays à la merci du bon vouloir et du chantage occidental.
C’est vrai, où en avais-je la tête ? Il y avait paraît-il une islamisation rampante. Quelle horreur ! On n’aurait pas pu attendre les prochaines élections ? La volonté du peuple exprimée démocratiquement ne signifie plus rien ? Personnellement je n’ai aucune inclination particulière pour les sociétés religieuses. Mais le recours à la religion aujourd’hui a ses raisons. L’Occident ressort l’argument de l’islamisation lorsque cela lui convient et de la manière qui l’arrange.
Ce qui le dérange, l’Occident, ce n’est pas tant l’islamisme que sa prétention à retrouver la dignité d’antan, à rejeter l’emprise impériale et la mainmise sioniste sur le destin de la Nation arabe. Cet islamisme-là, il faut l’éradiquer. Il fait peur. Il donne de mauvaises idées. Au Maroc par exemple, il y a les « bons » islamistes comme ceux du PJD qui acceptent la suprématie royale et le pillage de l’économie en partageant le gâteau, et les « mauvais » islamistes de Adl wa Ihsane, que l’on combat avec les méthodes de Hassan II : disparitions, tortures, condamnations expresses, parce qu’ils font de l’alphabétisation et créent des ateliers de couture et d’informatique. Suppléant les carences de l’État.
J’aimerais en conclusion que les peuples arabes se libèrent, à leur manière et sans ingérence extérieure, de l’emprise impérialo-sioniste, et se développent dans la liberté et la dignité.
Jacob Cohen
4 juillet 2013
http://www.jolpress.com/femen-feministe-seins-nus-setshwetla-amina-tyler-monde%20arabe-819064.html#.UdX7poGcQ58.facebook

Discrimination aux études au Sahara Occidental

Une des difficultés des Sahraouis dans les territoires occupés du Sahara Occidental

27 juin 2013,


Appelons le Oumar. Il est adhérent de notre association. Il s’est rendu dans les territoires occupés et il vient de rentrer.

Il nous explique ce qu’il a vu, entendu et vécu :

L’état marocain laisse étudier les Sahraouis jusqu’en licence. La licence étant inutile sans le master, ils acceptent seulement 1% des dossiers sahraouis pour poursuivre le cursus LMD, creusant ainsi l’injustice entre étudiants sahraouis et étudiants marocains.

Les étudiants sahraouis avaient jusqu’aujourd’hui trouvé la parade : ils partaient poursuivre leur cursus universitaire en Égypte. A présent l’état marocain décrétant que le master obtenu en Égypte n’est pas équivalent à celui obtenu au Maroc cette pratique a été interdite. De plus, après la licence, les étudiants bénéficiaient d’une « bourse de mérite ». Cela a également pris fin.

Après avoir essayé de négocier avec le gouvernement et sans réponse de leur part les étudiants décident d’organiser en septembre un blocus place centrale. C’est une place stratégique. Cela dure environ 3 mois. Puis avec le froid qui arrive ces étudiants décident de monter une tente. Les forces de l’ordre interviennent en matraquant les manifestants. La tente est enlevée. En effet, depuis les événements qui se sont produits lors du camp de GDEIMIZIK, le préfet a interdit (oralement) de monter des tentes .

Il s’ensuit alors une grande marche. Les manifestants récupèrent la place.

Pour l’état marocain, cela ne doit pas durer car, sur cette place, doivent avoir lieu plusieurs festivals, entre autre, le festival de Mouloud, en février. Les manifestants occupent pourtant la place jusqu’en mai. Durant cette période les chefs de tribus tentent désespérément de négocier afin de récupérer leurs droits. Ils finissent par déclarer : « ces gens ne désirent aucune négociation faites ce que vous avez à faire ».

Les jeunes envisagent alors de quitter Assa Zag (Région Guelmim Es Smara, juste au dessus de la frontière avec le Sahara Occidental) pour aller à Almahbes avec leurs tentes et drapeaux à l’endroit où était Christopher Ross il y a deux mois.

Le 1er mai, ils montent une tente sur la place centrale. Les forces de l’ordre sont intervenues dans les 20 min qui ont suivi frappant femmes et jeunes pour les déloger.

S’enchaîne alors une riposte ; les manifestant récupèrent la place (vidéos à l’appui).

Le lendemain à 7h les forces de l’ordre interviennent à nouveau en augmentant les effectifs avec plus de 70 véhicules contenant chacun 9 agents. Ce qui provoque une émeute générale. J’étais à cet instant, moi, membre de l’association, présent. Cette émeute se termina dans les alentours de 18h.

Résultat : la place centrale reste occupée par les manifestants.

Malheureusement dans les alentours de 17h30 le jeune Omar Bahiana (18 ans) se fait écraser volontairement par un véhicule des forces de l’ordre marocaines (voir les photos jointes). Ils ont également blessé Ouargziz en lui balançant un morceau de rocher à la tête. Ils sont tous deux dans un état préoccupant. Notre association (ASPS) réfléchit à la meilleure façon de les aider tous les deux.

Les manifestants sont actuellement toujours sur la place centrale… Mais résisteront-ils encore longtemps ?

En effet avec le ramadan qui approche et la chaleur qui va en augmentant (pouvant atteindre les 50°), ils ne pourront pas subsister bien longtemps.

L’état marocain le sait bien et compte sur ces événements à venir…

Dernière précision, Oumar est Sahraoui !

https://www.facebook.com/groups/321277597962980/permalink/467700909987314/

Anne Morelli à Algeriepatriotique : «La plupart des djihadistes belges sont d’origine marocaine»

Algeriepatriotique : On assiste en Europe au retour d’un mouvement fasciste très fort accompagné d’une démobilisation générale de la population privée d’un encadrement ouvrier combatif face à ce phénomène. Comment pouvez-vous l’expliquer ?
Anne Morelli : Il ne faut pas négliger le fait qu’il n’y a plus vraiment de parti ouvrier avec la disparition de la classe ouvrière en Europe, mais, par contre, il y a beaucoup de gens qui protestent de manière désorganisée. Cela n’ennuie personne quand les gens disent gentiment «un autre monde est possible» ou «nous sommes des protestataires pacifistes», etc. Cela ne dérange personne, et certainement pas les mouvements fascistes qui surgissent, notamment en Hongrie, et dans bien d’autres pays. Par exemple, on a laissé se produire récemment à Milan un grand rassemblement de néo-nazis sans rien faire pour l’empêcher. Ce qui manque beaucoup aujourd’hui, quand on compare la situation actuelle avec celle des années trente ou même soixante, c’est un encadrement de quelque parti qui aurait l’appui de l’ensemble de la population. En général, les populations européennes éprouvent un véritable dégoût de la politique, ce qui est justifié car les partis politiques au pouvoir sont tous plus corrompus ou achetés les uns que les autres, mais l’alternative politique qui pourrait émerger de ce dégoût est inexistante, et c’est là qu’est le problème, selon moi.
Les guerres impérialistes ont redoublé de férocité à travers le monde sur fond de crise économique. Quel est votre avis à ce sujet ?
Le redoublement des guerres impérialistes est peut-être bien lié à la crise économique. Il y a dans la propagande de guerre un principe important qui consiste à ne jamais parler des objectifs économiques d’un conflit qui pourtant sont essentiels. Lorsqu’on voit tous les conflits actuels, il y a toujours un arrière-plan économique. Même dans la guerre contre la Syrie, il y a des enjeux économiques, parce que la Syrie est concernée par d’importantes ressources qui ont été découvertes dans la Méditerranée. D’autre part, elle est sur le chemin du pétrole venant de l’est, mais ces aspects ne sont jamais évoqués. On invoque seulement de beaux principes comme la démocratie, on diabolise Al-Assad, etc. Mais en réalité, la crise économique a attisé les problèmes, notamment de fourniture énergétique, et donc un certain nombre de puissances occidentales sont absolument prêtes à tout pour garder cette puissance énergétique. On voit par exemple la dureté de l’Occident envers le Venezuela qu’il considère comme non démocratique, alors qu’il y a déjà eu 17 élections dans ce pays, mais, par contre, on n’ose absolument pas critiquer des pays comme l’Arabie Saoudite ou le Qatar, parce que ces gens sont richissimes et ont du pétrole. La crise économique a aiguisé les appétits en matière énergétique et cela explique un certain nombre de ces guerres impérialistes.
Vous avez assisté à une conférence à Bruxelles sur des djihadistes belges partis se battre en Syrie, quelle est votre impression à ce sujet ? 
Effectivement, il y a un certain nombre de jeunes Belges, en général d’origine marocaine, qui partent combattre dans les rangs des djihadistes en Syrie. Nous avons eu les témoignages très émouvants de leurs mères, de leurs familles, qui disent que ce sont des mineurs d’âge pour beaucoup, des gamins de seize ans, qui sont partis là-bas comme volontaires par idéal et croient qu’ils vont aider le peuple syrien victime d’un monstre.
C’est la version des familles ?
En fait, nous sommes face à un cas de duplicité ou de schizophrénie de la part des médias occidentaux parce qu’ils présentent, notamment à ces gamins, les djihadistes syriens comme étant en lutte contre un pouvoir tyrannique et donc ils exaltent une juste cause qui serait celle des opposants. C’est ce qu’on voit à 95% dans les médias belges qui ont pris très clairement le parti des opposants à Bachar Al-Assad, et en même temps, on condamne ces gamins qui partent soutenir cette cause. Il y a là quelque chose de tout à fait curieux, et bien sûr, la politique occidentale est la même dans toutes les guerres récentes : on a soutenu les taliban contre les Soviétiques, les chiites irakiens contre Saddam Hussein, on a soutenu les Egyptiens les plus religieux et les plus fanatiques, etc. C’est assez fou mais à chaque fois, l’Occident soutient les djihadistes, y compris dans la guerre en Yougoslavie où on avait pris le parti des Kosovars, c’est-à-dire des islamistes albanais. Dans ce cas-ci, la presse soutient les djihadistes en les présentant comme sympathiques et quand des gamins vont les rejoindre, on s’étonne et on se scandalise en se demandant ce que ces jeunes vont faire dans les rangs de l’armée syrienne d’opposition.
Pensez-vous qu’au retour, ces jeunes ne représenteraient pas un danger potentiel pour l’Europe ? 
Mais bien sûr. Je m’étonne quand même du fait qu’il existe une loi en Belgique qui interdit de recruter et de s’engager pour une armée étrangère. Cette loi de 1936 n’est pas du tout appliquée, parce que normalement, quand ces jeunes reviennent, ils devraient être arrêtés pour s’être engagés dans une armée étrangère. Et, effectivement, quand ils reviendront, ils auront appris là-bas à tuer, à commettre des attentats, etc. et je ne serais pas trop tranquille de les avoir comme voisins après leur retour.
Ne pensez-vous pas que, quelque part, les gouvernements occidentaux facilitent ces départs ?
Absolument. Dans une certaine mesure, ils facilitent ces départs d’abord par toute la propagande qui est faite autour de cette armée soi-disant de libération, présentée d’une manière très positive. Ensuite, les mères de ces jeunes nous ont dit qu’elles avaient immédiatement prévenu la police et les Affaires étrangères pour récupérer ces gamins tant qu’il en était encore temps. On sait très bien qu’ils passent par la Turquie, et le rôle nocif que celle-ci tient dans ce dossier en soutenant les djihadistes contre le gouvernement syrien, mais il y a eu un retard considérable des autorités belges pour rechercher ces gamins qui étaient déjà sur le front syrien lorsqu’ils ont été repérés. Effectivement, on ne fait rien en réalité pour les empêcher de partir.
Que pensez-vous de ce grand scandale d’espionnage américain révélé par l’agent de la CIA en fuite, Edward Snowden ?
Cela nous prouve qu’en fait, nous ne sommes que des puissances secondaires et que l’Europe n’est qu’un valet des Etats-Unis qui se permettent d’espionner non seulement les personnes mais aussi les structures européennes, et je suis très étonnée du peu de réactions de l’Europe. Il fallait évidemment immédiatement rompre toutes les tractations qui sont en cours pour le grand marché européen avec les Etats-Unis. Ç’aurait été au moins un coup de semonce mais au lieu de ça, on demande des explications et les Etats-Unis répondent qu’ils feront une enquête et qu’ils donneront de manière confidentielle les explications à ceux qui doivent en avoir. Cela signifie qu’ils se permettent tout. Quand on veut par exemple voyager aux Etats-Unis, il existe aujourd’hui un véritable service américain en Europe qui s’occupe soi-disant de la sécurité et qui décide qui peut partir et qui ne le peut pas. C’est tout de même étonnant que l’Europe accepte qu’une puissance étrangère fasse la loi sur son propre territoire.
Selon différents intellectuels, le modèle capitaliste a échoué, pensez-vous que le socialisme soit encore possible ?
Je ne suis qu’historienne et pas futurologue, je ne peux pas prédire l’avenir, mais ce que je peux dire, c’est qu’au cours de l’Histoire les changements des sociétés n’étaient jamais prévus. En 1788, tous les observateurs disaient que la France était très calme et qu’il n’y avait aucune raison de penser qu’un changement allait advenir. En 1789, on a vu ce qu’il en était. Donc, aujourd’hui, on ne peut rien prévoir. Alors, je dirais à titre personnel que ce que j’espère c’est qu’un jour les gens s’organisent sur le plan international, parce qu’il y a des mouvements de protestation au Portugal, et puis en Grèce, ensuite en Turquie, et quand c’est fini au Portugal, ça commence en Italie. Quand c’est fini en Grèce, ça commence ailleurs… Mais qu’est-ce qu’on attend pour s’unifier ? Qu’est-ce qu’on attend pour faire des mouvements internationaux, ne serait-ce qu’au point de vue syndical ? Quand est-ce qu’il y aura des grèves mondiales, ou des grèves ne fût-ce qu’européennes ? Le capitalisme est unifié depuis fort longtemps, il est mondialisé, mais la riposte n’est pas mondialisée et donc il suffit d’attendre que les protestations s’épuisent, comme elles vont s’épuiser un de ces jours en Turquie pour commencer dans un autre pays. Qu’attendons-nous pour construire une unité syndicale véritable qui puisse donner la parole aux gens ordinaires, à ceux que l’on appelle «les 99%» .
L’Algérie poursuit son chemin de nationalisation, pourquoi les régimes politiques européens refusent-ils d’emprunter cette voie ? 
Je crois que cette notion revient à l’ordre du jour avec la crise, car qu’est-ce qu’une nationalisation ? C’est le fait que les bénéfices d’une entreprise profitent à tout le monde. Or, ce que l’on voit, c’est que les entreprises qui ferment, notamment en Europe, ne sont pas en difficulté, mais veulent davantage de bénéfices en délocalisant vers des pays pauvres, moins exigeants, moins bien syndiqués. On l’a vu récemment avec le drame au Bangladesh. Les usines textiles ont fermé en Belgique, en France, en Italie et en Espagne non parce qu’on a besoin de moins de tissu qu’autrefois mais parce que les grandes entreprises comme Benetton, H&M, etc. produisent au Bangladesh dans des conditions de surexploitation de la main-d’œuvre tout à fait scandaleuses. Quand nous serons solidaires avec les gens du Bangladesh, quand ceux-ci exigeront un salaire décent, cela aura pour tous des conséquences bénéfiques. S’il y a un salaire minimum de 5 ou 600 euros par mois au Bangladesh, les producteurs ne seront plus tellement intéressés à faire produire là-bas mais reviendront à une juste distribution du marché du travail.
Avez-vous des échanges académiques avec des universités algériennes ?
Ma dernière collaboration a eu lieu avec l’université de Béjaïa. J’y suis allée il y a quelques années pour présenter un projet sur l’histoire de l’Afrique romaine. Nous avons élaboré un CD rom interactif pour les élèves de l’enseignement en Belgique et qui, au lieu de leur présenter Rome, leur présente plutôt l’Afrique romaine. Il y a absolument tout pour montrer ce qu’était une ville romaine mais pour une fois, pas du point de vue du centre, mais du point de vue de la périphérie, avec des exemples comme ceux de Timgad, Tipasa, Djamila, etc. C’était une expérience très intéressante et le contact avec les collègues était très enrichissant aussi.
Que pensez-vous de la situation catastrophique en Egypte avec ce président sectaire des Frères musulmans ?
Les électeurs sont pleins d’illusions et ce sont pour la plupart des gens qui connaissent de grandes difficultés économiques. Ils pensent qu’en changeant de maître, ils vont effacer leurs difficultés, et donc, ils ont écarté Moubarak et ont mis Morsi à la place. Ils se rendent compte que la situation sociale et économique est restée absolument la même, sinon pire, parce que la présence des Frères musulmans au gouvernement n’a évidemment pas encouragé le tourisme qui connaît une grosse crise en Egypte alors que c’était une ressource financière importante. Et, donc, après un an de régime Morsi, la population manifeste son mécontentement, ce qui est une réaction très compréhensible, mais il ne suffit pas de changer de maître pour améliorer sa situation sociale et économique, il faut chasser ce maître et prendre le pouvoir.
Pensez-vous que l’espoir de lendemains meilleurs soit permis dans ce déclin capitaliste ?
De nouveau, je dirai qu’en tant qu’historienne, je ne peux pas prévoir l’avenir, mais à titre personnel, je suis optimiste parce que je pense qu’il y a une volonté de l’ensemble de la population d’améliorer sa situation. Un jour, peut-être bien que les 99% se débarrasseront de ces 1% qui s’enrichissent et s’engraissent sur son dos. Quand vous voyez que beaucoup de secteurs sont en crise et que celui du grand luxe prospère, c’est tout à fait choquant. Il y a encore des gens qui ont de l’argent pour s’acheter une Rolex, une Rolls Royce, etc. J’espère qu’un jour viendra où ces 1% seront remis au même niveau que les 99%.
Entretien réalisé à Bruxelles par Mohsen Abdelmoumen et Jocelyne De Ruytter
Biographie
Anne Morelli est une historienne belge d’origine italienne docteure en histoire, professeure à l’Université de Bruxelles (ULB) où elle donne notamment le cours de «Critique historique appliquée aux médias». Son ouvrage le plus connu est Principes élémentaires de propagande de guerre, traduit en 7 langues. Elle a coordonné récemment (2011) un livre collectif intitulé Rebelles et subversifs qui retrace une série de rébellions et protestations de l’histoire sociale belge. 

Selon un ministre, le Maroc pourrait « sauter » comme la Tunisie

Les relations entre la Tunisie et le Maroc sont réputées pour être bonnes, même après la Révolution du jasmin. Pourtant dans la défense de la compétitivité de la Tunisie et la comparaison par rapport au Maroc, certains officiels peuvent déraper. Il en est ainsi de ce ministre tunisien qui, voulant défendre coûte que coûte les atouts de son pays, en a profité pour tacler le Maroc. 
Dans le journal La Croix, sous couvert d’anonymat, ce ministre a déclaré crûment que « notre avantage, comparé au Maroc, est qu’ici la mine a déjà sauté il y a deux ans ». Sous entendu que le plus dur est passé pour la Tunisie et que le Maroc ne saurait tarder à suivre l’explosion sociale qu’a connu le pays du jasmin en janvier 2011. 
Cette déclaration maladroite dans les colonnes de la presse française, intervient à quelques jours seulement de la visite officielle du Président français en Tunisie, qui aura lieu du 3 au 5 juillet 2013.

Campagne médiatique marocaine contre l’Algérie : “Une escalade préméditée” selon le MAE

Au sujet du Sahara occidental, territoire déclaré par les Nations unies “non-autonome” depuis 1964, le porte-parole du MAE a tenu à souligner que “la seule partie qui met cette question au cœur de la problématique bilatérale, c’est la partie marocaine”, prenant comme exemple, le dernier communiqué du MAE marocain “qui soutient, une nouvelle fois, que +l’Algérie est bel et bien partie à ce différend artificiel+ et ce, en contradiction flagrante avec toutes les résolutions des Nations unies qui identifient très précisément les deux parties au conflit comme étant le royaume du Maroc et le Front Polisario”.

Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Amar Belani, a qualifié dimanche à Alger la campagne médiatique menée par le Maroc contre l’Algérie d’”escalade préméditée”, relevant qu’à l’origine il y a eu d’abord un acte d’hostilité inqualifiable mettant en cause l’intégrité territoriale de l’Algérie.
Interrogé par l’APS sur le dernier communiqué du MAE marocain, M. Belani a fait remarquer que tout d’abord, “il est intéressant de revenir sur le séquentiel de cette escalade, que tout laisse à penser qu’elle est préméditée puisqu’elle répond à des considérations multiples qui ne nous échappent point”. “A l’origine, il y eut donc, cet acte d’hostilité inqualifiable mettant en cause l’intégrité territoriale de l’Algérie.
Les propos martiaux d’une gravité extrême, tenus par le chef du parti de l’Istiqlal, membre de la coalition gouvernementale, et relayés par les télévisons publiques, ne peuvent en aucune manière participer benoîtement de la +liberté d’expression et d’opinion+ et leur impact hautement dommageable ne pouvait être ignoré par les autorités qui préférèrent les absoudre par leur silence”, a-t-il soutenu.
“Par ailleurs, comment doit-on interpréter le fait que ceux qui plaident vigoureusement pour la réouverture de la frontière en viennent, en même temps, à en contester le tracé”, s’est-il interrogé, notant que “ce n’est pas la seule contradiction que nous avions relevée puisque l’invocation des +règles de voisinage et de l’exigence de coopération+ aurait voulu que les actes suivent les professions de foi, fussent-elles volontaristes et engageantes pour l’avenir de la relation bilatérale, comme celles que nous avions entendues en février dernier”.
M. Belani a affirmé que tout le monde “sait et admet qu’il y a un problème grave” en ce qui concerne les “infiltrations massives” de drogues à partir du territoire marocain. “Nous fumes surpris, lors des discussions que nous avions voulues confidentielles, dans un premier temps, de nous entendre dire, sur le ton du diktat, que pour +mieux coopérer, il faut d’abord ouvrir la frontière”, a-t-il dit. A cet égard, a-t-il poursuivi, “on est alors en droit de s’interroger sur la partie qui a commencé à vouloir imposer des +conditionnalités+ inacceptables, tant dans la forme que dans le fond”, soulignant que cette campagne “est échafaudée en grande partie sur une déformation substantielle de nos déclarations officielles en ce qui concerne la question du Sahara occidental”.
Au sujet du Sahara occidental, territoire déclaré par les Nations unies “non-autonome” depuis 1964, le porte-parole du MAE a tenu à souligner que “la seule partie qui met cette question au cœur de la problématique bilatérale, c’est la partie marocaine”, prenant comme exemple, le dernier communiqué du MAE marocain “qui soutient, une nouvelle fois, que +l’Algérie est bel et bien partie à ce différend artificiel+ et ce, en contradiction flagrante avec toutes les résolutions des Nations unies qui identifient très précisément les deux parties au conflit comme étant le royaume du Maroc et le Front Polisario”.
M. Belani a rappelé que l’Algérie “n’a cessé, pour sa part, depuis la réunion de Zéralda en juin 1988 et celle de Marrakech en février 1989, qui a abouti à la signature du traité constitutif de l’UMA, de découpler la question du Sahara occidental de la relation bilatérale algéro-marocaine et de la perspective stratégique de l’intégration maghrébine à laquelle nous croyons fermement malgré les vicissitudes conjoncturelles que nous voulons transcender”.
“Il a été convenu, au plus haut niveau, que chaque partie défendra sa position sur cette question et l’Algérie, en ce qui la concerne, continuera à défendre, en toute souveraineté et avec détermination, sa position non négociable de soutien au droit inaliénable du peuple sahraoui à l’autodétermination”, a-t-il expliqué. “Pour ce qui est des +attentes, ambitions et préoccupations du peuple algérien sur d’autres questions nationales et maghrébines+, nous répondons tout simplement qu’il n’appartient à aucune partie étrangère de lui suggérer et encore moins de lui dicter ses choix souverains, spécialement en ce qui concerne sa solidarité naturelle avec les causes justes à travers le monde et ce, en raison de sa propre expérience historique”, a-t-il conclu.(Aps)