Algérie-Maroc : La raison et l’âge de glace

Le ministre marocain de l’Intérieur, M. Mohand Laenser, a eu, hier, à Alger, des propos apaisants sur la relation algéro-marocaine, objet depuis 1994 de malentendus incessants et de crispations, dont l’amplitude a connu durant ces dernières semaines un niveau élevé.
Pour M. Laenser, il y a entre Alger et Rabat « une volonté pour renforcer leurs relations ». Le « différend autour du Sahara étant connu », il y a eu entre les deux capitales maghrébines une volonté d’aplanir leurs différends dans le sens d’une réouverture des frontières et de la relance de leurs échanges politiques et économiques. « Laissons l’ONU régler ce problème, a déclaré le ministre de l’Intérieur marocain, en ajoutant que son pays est « sincère dans sa volonté de coopérer avec l’Algérie ». « Il n’y pas de double langage dans le discours du Maroc », a ajouté M. Laenser. Le propos du responsable marocain est pour le moins révolutionnaire.
Il risque même de déplaire à une certaine opinion dans son pays où toute déclaration qui mêlerait Nations unies, c’est-à-dire référendum d’autodétermination, et Sahara occidental est classée au registre du blasphème et du complot contre la sécurité et la souveraineté du Royaume chérifien. Il n’empêche pas cependant de rappeler que l’Algérie, au début de la décennie 2000, lorsque M. Abdelaziz Belkhadem était ministre des Affaires étrangères, avait la même position. A l’époque, le pouvoir algérien cherchait par tous les moyens à dissocier la relation bilatérale algéro-marocaine de la question sahraouie. On se rappelle même d’un célèbre et décevant déplacement de M. Belkhadem en 2001 à Marrakech où le président de la République l’avait dépêché pour porter une lettre au souverain marocain lui demandant d’étudier l’opportunité de laisser la gestion du dossier sahraoui par les Nnations unies au bénéfice d’un bilatéral algéro-marocain délesté du poids de ce contentieux qui s’était aggravé, depuis 1994 à la suite de l’attentat contre le complexe touristique Atlas Asni de Marrakech, par l’instauration unilatérale des visas aux ressortissants algériens, et la fermeture par Alger des frontières terrestres entre les deux pays.
Aujourd’hui, et c’est le propre d’une relation qui n’a jamais été comme les autres depuis les temps anciens de la décolonisation, c’est l’inverse qui semble se produire. Rabat, selon les déclarations du ministre marocain de l’Intérieur, cherche aujourd’hui visiblement à découpler sa relation avec l’Algérie du contentieux sahraoui. Ce « laissons l’ONU régler ce problème », affirmé par M. Laenser, incarne parfaitement une politique souhaitable depuis 20 ans et qui, faute d’être mise en œuvre, a créé la « glaciation » maghrébine.

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