Relations Algéro-Marocaines, ligue Arabe, situation au Mali et UMA, les éclairages de Medelci

Invité de la Chaîne III hier matin, Mourad Medelci, ministre des Affaires étrangères, a exposé le point de vue de l’institution qu’il représente sur des sujets aussi divers que la Ligue arabe, le conflit au Sahara occidental, l’Union du maghreb arabe (UMA), les questions syrienne, libyenne et malienne.
Interrogé sur les réserves de l’Algérie quant à l’octroi d’un siège à l’opposition syrienne au sein de la Ligue arabe, M. Medelci a fait savoir que cette position ne découlait pas d’une discrimination à l’endroit des membres de l’opposition syrienne mais plutôt d’une volonté de respecter les textes qui régissent la Ligue arabe. Il a, par ailleurs, souligné que la position de l’Algérie est immuable et fondée sur son propre vécu.
«L’Algérie entend se faire respecter en tant qu’Etat et ne s’autorise pas à interférer dans les affaires des autres. Nous ne pouvons pas décider pour les Syriens, c’est à eux de le faire. Toute décision qui pourrait venir d’une partie des Syriens et surtout lorsqu’elle provient d’une partie influencée par des pressions extérieures risque d’avoir une durée de vie plus courte qu’on ne le pense», a-t-il averti.
Selon lui, «la Charte de la Ligue arabe, surtout l’article 8, stipule que les membres de cette institution sont des Etats qui doivent se respecter. Il était donc hors de question de contrevenir à cette loi et d’accompagner une initiative visant à faire occuper par ce qui n’est pas un Etat, le siège d’un Etat.
Cette position découle d’un fondement qui est certes juridique, mais lorsque l’on appartient à une ligue telle que la Ligue arabe, nous savons que les choses sont très complexes et seul le suivi du règlement permet de réduire cette complexité», a-t- il déclaré, ajoutant que «l’Algérie n’était pas le seul pays à avoir émis des réserves quant à cette décision et que les articles qui régissent la charte peuvent faire l’objet d’une modification».
La Ligue arabe prétend à des réformes qui ont été engagées au sommet d’Alger de 2005, puis en 2006, et aujourd’hui, sous l’égide du nouveau secrétaire général Nabil Al Ahrabi. Un comité d’experts indépendants concourt à promouvoir un projet de réforme qui vise à démocratiser le fonctionnement de l’institution.
Les propositions feront l’objet d’une évaluation d’un comité d’experts et les ministres des Affaires étrangères vont se réunir en septembre afin d’évaluer le contenu définitif du projet de réformes», a-t-il expliqué, soulignant toutefois que les réformes internes à chaque pays doivent être finalisées afin qu’ils puissent se prononcer sur un tel projet.
Interrogé sur les capacités de réussite de la mission de M. Lakhdar Brahimi en Syrie, il conviendra que le pays est conscient de la complexité de la tâche qui incombe à l’émissaire de l’ONU, tout en espérant qu’elle aboutisse.
Interrogé sur le processus de paix au Sahara occidental qui prend une nouvelle tournure avec l’arrivée, il y a deux jours à Alger de l’envoyé personnel de l’ONU, M. Christopher Ross, M. Medelci a fait savoir qu’il devait le rencontrer et qu’il espérait que le conflit entre le Maroc et le Front Polisario trouve une issue positive.
Quant à la campagne diffamatoire lancée par l’agence de presse marocaine MAP, le ministre a indiqué que l’Algérie avait débattu de cette question avec le Maroc et qu’un constat avait été fait que «les annonces portées par cette agence sont en contradiction avec la volonté politique d’aller de l’avant afin de retrouver des relations bilatérales de qualité».
UMA : priorité à la question sécuritaire
Le dossier de l’Union du maghreb arabe a également été abordé. Pour rappel, le président tunisien avait suggéré la tenue d’un sommet en octobre.
Toutefois, M. Medelci a estimé que les pays membres étaient loin d’avoir réuni les conditions nécessaires à sa tenue, d’autant que beaucoup de ces pays sont, en ce moment, secoués par des mutations internes. Il a ajouté, par ailleurs, que les positions divergeaient quant à l’approche du processus d’intégration.
«L’Algérie milite en faveur d’une avancée plus substantielle et ne considère pas que le premier pas soit celui de la création d’une zone de libre-échange. Il faut, en amont, régler les problèmes d’investissements car nous sommes tous dépendants de l’extérieur ; il faut que nos capacités de production se développent», a t-il déclaré, précisant que la priorité des acteurs de l’UMA doit être la sécurité.
«Nous devons la gérer en complémentarité. Les ministres de l’Intérieur doivent se réunir prochainement à Rabat. Autour de l’Algérie, il y a aujourd’hui une zone qui vit d’importants soubresauts au Sahel mais aussi en Libye.
C’est lors de la réunion d’Alger en juillet 2012 que, pour la première fois, la question sécuritaire a été abordée. Nous sommes sortis avec une plateforme d’Alger qui donne une lecture de ce risque sécuritaire découlant des développements de la crise libyenne au Mali et, désormais, toutes les institutions maghrébines en charge de la sécurité doivent forger une feuille de route et une stratégie de lutte commune.
Différents volets ont été passés en revue, tels que la circulation des armes, la lutte contre le terrorisme et le crime organisé», a-t-il expliqué. Interrogé sur une possible ouverture de la frontière algéro-marocaine, M. Medelci a fait savoir que cette question n’était pas à l’ordre du jour de l’UMA mais qu’elle devait se régler dans le cadre des rapports bilatéraux.
L’affaire du jeune Islam Khoualed emprisonné au Maroc pour agression sexuelle n’a pas été éludée. Toutefois, le ministre a affirmé que les autorités n’avaient pas à interférer sur le cours de la justice marocaine, tout en espérant que l’appel introduit par la famille du jeune permettra à la justice marocaine, à la lumière des nouveaux éléments, de tenir compte des faits réels.
Sabrina Benaoudia
Algérie360, 01 avril 2013

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