Prises d’otages : l’arme préférée d’Al Qaida

Par Nabil Benali

Le chef d’Al Qaïda, Oussama Ben Laden, a confirmé une nouvelle fois qu’il était bel et bien en vie, le 24 mars dernier, en diffusant un enregistrement audio dans lequel il menaçait de tuer tous les Américains détenus par son organisation au cas où la justice américaine décidait de condamner à mort et d’exécuter Khaled Cheikh Mohamed et ses consorts, impliqués dans les attentats du 11-Septembre.

A travers ce message, à qui Al Jazeera a, une nouvelle fois, servi de canal, Ben Laden s’adressait au peuple américain pour lui parler des prisonniers américains en sa possession les priant de tout faire pour empêcher leur actuel président (Barack Obama) de marcher sur les pas de son prédécesseur (George W.Bush).

C’est, à tout point de vue, le signe d’une évolution notable dans la stratégie d’Al Qaïda et qui renseigne sur la nature des prochaines opérations que cette organisation s’apprêterait à exécuter.

En effet, c’est la première fois que la tête d’Al Qaïda menace publiquement d’exécuter des otages occidentaux, elle qui se cachait toujours derrière le principe du «bon traitement des prisonniers de guerre» et qui a toujours refusé d’assumer publiquement, par le passé, la responsabilité des exécutions des otages. Plus encore, le n°2 de l’organisation, Aymen Zawahiri, avait, en 2004, adressée une lettre qu’Al Qaïda avait pris soin de rendre publique, au «chef d’Al Qaïda de Mésopotamie» (Irak) Abou Moussab Zarqaoui, dans laquelle il critiquait l’exécution des otages occidentaux et la façon brutale avec laquelle ces exécutions étaient filmées et montrées. La direction d’Al Qaïda, tout comme ses démembrements locaux ne diffère pas de nature, le terrorisme étant le même quoi qu’il utilise comme moyen et quelle que soit sa cible. Mais ce message de Ben Laden confirme qu’Al Qaïda s’orientera, dans la prochaine étape, à tenter de multiplier, là où elle le pourra, les prises d’otages occidentaux, qu’ils soient civils ou militaires, et notamment des Américains pour en faire une monnaie d’échange et presser l’administration américaine de libérer aussi bien ses éléments impliqués dans les attentats du 11-Septembre que tous les autres détenus dans les prisons américaines.

Autre indice, le chef d’Al Qaïda a, encore une fois, insisté sur la question palestinienne, tout comme il l’a fait dans les précédents messages, avec des critiques virulentes contre le soutien américain aux Israéliens et à leur oppression en Palestine occupée. Et le timing de ce message est bien celui du statu quo du processus de paix, à l’heure où les groupes extrémistes ne savent vers qui se tourner pour agir. L’heure aussi où Washington fait montre d’une totale incapacité à obtenir quoi que ce soit de Tel-Aviv. Dans un sens, Oussama Ben Laden rejoint les propos de David Petraeus, chef du commandement central des opérations en Irak et en Afghanistan, qui devant le Congrès, a estimé que la politique de colonisation d’Israël allait fatalement mener à plus d’instabilité et à de nouvelles menaces sur les soldats américaines en Irak et en Afghanistan.

Ce qui encouragerait Al Qaïda à emprunter la voix de la prise d’otages, c’est notamment le succès obtenu par l’organisation d’Al Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), qui a libéré un otage français, qu’elle détenait dans le Sahara malien, dans le cadre d’un marché qui a permis l’élargissement de plusieurs de ses membres fait prisonniers au Mali et d’autres dans des Etats voisins.

Le piège de la rançon

Une transaction où la France a mis tout son poids, malgré la forte opposition de Washington et de certains pays en première ligne de la lutte antiterroriste, comme l’Algérie et la Mauritanie. Pour sa part, Alger a vivement réagi et rappelé son ambassadeur au Mali «pour consultations» et le ministère algérien des Affaires étrangères a estimé, également, dans un communiqué au ton univoque, que la libération de ces prisonniers constituait «une évolution dangereuse pour la sécurité et la stabilité de l’Afrique du Sahel, qui sert les intérêts du groupe terroriste actif dans la région».Une évolution qui vient à contresens des efforts de l’Algérie qui a réussi à étrangler financièrement et logistiquement l’organisation de Abdelmalek Droukdel au Nord en la coupant de ses sources d’approvisionnement dans le Sud et mené une poursuite sans relâche contre les groupes du Sahara qui ont complètement reculé vers le Mali ou le Niger.

Et c’est aussi l’Algérie qui a été derrière la résolution de l’ONU condamnant l’octroi des rançons aux groupes terroristes en échange de la libération d’otages.

C’est que l’expérience algérienne ne date pas d’hier. Non seulement, elle remonte aux années où le GIA s’attaquait aux ressortissants étrangers, mais elle a été encore plus aiguisé depuis la série ouverte par le groupe de Abderrezak El Para et l’affaire des 32 touristes européens, en 2003, qui avait mal tourné pour lui et son groupe. Mais le procédé n’a été abandonné pour autant par Al Qaïda Maghreb. Chaque année, depuis, des enlèvements de touristes européens sont revendiqués par celle-ci et se terminent toujours dans des conditions plus ou moins obscures, en majorité par la libération des otages.

C’est en 2009 que le pic a été atteint. D’abord, en janvier, où quatre touristes britanniques ont été enlevés au Mali, dont deux seront vite libérés, alors qu’un autre est menacé d’exécution si un Jordanien condamné à mort pour activité terroriste détenu en Grande-Bretagne n’est pas libéré. Le même mois, l’AQMI récidive avec un couple suisse, une Allemande et un Britannique dans la zone frontalière entre le Niger et le Mali, mais finit par libérer en avril deux diplomates canadiens qu’elle avait enlevés en décembre 2008. En mai 2009, l’AQMI annonce, par Internet, avoir tué un otage britannique, après un premier report d’ultimatum. En novembre, l’organisation annonce aussi avoir enlevé trois espagnols en Mauritanie.

Au jour d’aujourd’hui, l’AQMI affirme détenir quatre otages, deux espagnols et deux italiens et il ne faut pas croire que les motifs de ces prises d’otages puissent être d’ordre financier. Même s’ils demandent jusqu’à 10 millions d’euros par otage, il ne s’agit en réalité que d’une tactique pour encourager les autorités du pays visé à accepter de négocier, l’argent étant la chose que les gouvernements sont le plus disposer à concéder. Mais il n’y a qu’à voir la liste des pays dont les ressortissants sont ciblés pour se rendre compte que la priorité d’AlQaida n’est absolument pas financière, mais correspond à un agenda international.

Le fait de s’en prendre essentiellement aux ressortissants de la France, de la Grande-Bretagne, de l’Italie et de l’Espagne, des pays moteurs de l’Otan et totalement impliqués aux cotés des Etats-Unis dans les zones en conflit, confirme bien que ce n’est pas en accédant aux desiderata d’Al Qaida et des groupes qui activent sous sa bannière qu’il sera mis fin au terrorisme international.

Les Débats

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