Les souvenirs de Julian Harston, ex-chef de la MINURSO

Vous êtes-vous demandez pourquoi tous les visiteurs des camps de réfugiés sahraouis finissent par épouser leur cause? Pourquoi cette rencontre est aussi déterminante dans leur vie?

C’est le cas de tous les activistes d’ONG internationales, mais aussi des fonctionnaires onusiens destinés au Sahara Occidental, tel que Frank Rudy, Hans Corell, le Général Moosgard, et le dernier en date, Julian Harston, l’ex-représentant spécial du Secrétaire Général de l’ONU pour le Sahara occidental.


Il a, dernièrement, été interrogé par Alvaro Ballesteros, du journal El Imparcial, dans une interview publiée le 9 mars 2010.


À la question sur son opinion sur le conflit du Sahara Occidental, en tant qu’ancien Chef de la MINURSO, il dit : « J’ai eu la chance d’être à la tête de la MINURSO entre 2007 et 2009, un moment de négociations qui ont réveillé un plus grand intérêt politique, malgré le fait que nous ne sommes jamais rapprochés de la solution du conflit. Comme dans les négociations sur le Kosovo, dans les discussions sur le Sahara Occidental, il y a toujours eu une pression asymétrique de la Communauté Internationale sur l’une des parties. Au Kosovo, la pression a été exclusivement exercée sur le gouvernement serbe; au Sáhara, c’est principalement le Polisario qui a subi la pression. Les négociations n’arrivent jamais à bon port quand la pression est exercée sur l’une des parties et pas l’autre. Il est très intéressant de voir comment certains membres éminents du Conseil de Sécurité de l’ONU ont défendu des positions totalement contradictoires sur des sujets comme le Sshara Occidental et le Kosovo. Dans l’affaire du Sahara, les leaders à Washington, à Londres et à Paris soutiennent la solution d’autonomie à l’intérieur du Maroc. Cependant, dans le sujet du Kosovo, les mêmes leaders soutiennent l’indépendance de la Serbie. Personne ne croit que le Kosovo est une exception unique. Au moins dans le sujet du Sahara Occidental, les autorités marocaines ont accepté que c’est une partie d’un processus encadré dans le cadre des résolutions des Nations Unies, alors que dans le cas du Kosovo, les leaders kosovares ont été encouragés à ignorer les dites résolutions de l’ONU. Il est impossible d’obvier que les pays qui ont reconnu la déclaration unilatérale d’indépendance du Kosovo l’ont fait dans une claire violation des résolutions de Nations Unies. »

« En revenant à la question du Sahara, Mohamed VI a joué bien ses cartes. Après avoir introduit la possibilité d’autonomie pour d’autres régions à l’intérieur du Maroc, il a créé le cadre approprié pour renforcer ses revendications sur le Sahara. Mais les résolutions de l’ONU exigent encore l’accord mutuel des parties et une manière de satisfaction pour mettre en application les désirs d’autodétermination des saharauis. Dans cette scène, les négociations doivent continuer, malgré le fait que le statut quo favorise Rabat. Le problème est que ce contentieux ne se trouve dans l’agenda de personne aujourd’hui, et ceux qui pourraient influer sur sa solution sont assez contents avec le statut quo actuel », ajoute-t-il.

A la question de quel rôle a joué l’Espagne dans le conflit, Harston a répondu :  »


« J’ai vécu deux ans au Portugal et je comprends parfaitement le sentiment dans les deux pays par la manière peu propre dans laquelle a été gérée la cession de ses responsabilités coloniales dans les années 70. En tant que Chef de la MINURSO j’ai toujours été impressionné par le haut niveau de soutien au peuple sahraoui dans la population espagnole en général, comme les programmes d’accueil des enfants sahraouis chez des familles espagnoles ou les milliers de containers d’aide envoyés aux camps de réfugiés par les mairies de toute l’Espagne. Cela est quelque chose que je n’oublierai jamais. Il n’y a aucun doute que le peuple espagnol se trouve en général très lié au sahraoui et il a un fort sentiment de responsabilité envers la situation du Sahara ce qui suppose un problème pour le gouvernement espagnol, qui n’a jamais montré de volonté réelle de soutenir des initiatives croyables pour résoudre ce conflit. En comparant la réponse officielle de l’Espagne et du Portugal, par exemple, dans le cas de Timor Oriental, le gouvernement portugais a joué un clair leadership de soutien à l’indépendance dans le siège de l’ONU et sur le terrain au Timor. Des militaires et des policiers portugais ont joué, là-bas, un rôle très important dans les opérations de l’ONU depuis 1999. L’Espagne n’a jamais fait pression pour participer dans la prise de décisions sur le conflit du Sahara. Tous les gouvernements espagnols à Madrid se sont simplement lavés les mains depuis 1975. Il faut aussi se demander qu’est-ce que l’Espagne serait vraiment prête à apporter et comment cela affecterait ses relations commerciales avec le Maroc, sans oublier la question de Ceuta et de Melilla. Rabat compte avec le soutien décidé de Washington et de Paris, qui disent vouloir pousser la démocratie dans cet État féodal. L’Espagne ne peut pas faire grand chose pour le peuple du Sahara sans assumer quelques implications pleines dans sa politique extérieure. N’importe quel parti politique qui propose un changement dans la position traditionnelle envers le Sahara depuis 1975 aura à faire une analyse très sérieuse de sa politique dans beaucoup de domaines, s’il ne veut pas décevoir de nouveau les attentes créées. »


Son affection pour le peuple sahraoui ne la cache guère. Selon le journal espagnol, son bureau est « flanquée par un drapeau de l’organisation mondiale par excellence et par un tableau de deux sahraouis en train de jouer aux échecs sur les sables de Tindouf ».


De son séjours au Maroc, il aura gardé les pressions des autorités marocaines pour imposer leurs choix, les filatures de la police marocaine pour contrôler tous ses mouvements et ceux de ses subordonnés et l’image de son quartier général inondé de drapeaux rouges. 


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