La RASD, une réalité incontournable

Le blocage dans les médias francophones et les mensonges du Makhzen et ses moyens de désinformation font que beaucoup de marocains, plus de 35 ans après le déclenchement du conflit avec le Maroc, ne voient pas l’existence de la RASD. Le lavage des cerveaux des citoyens marocains est au point de nous faire sentir une certaine impuissance à expliquer des choses évidentes que toute personne, quel que soit son niveau intellectuel, devrait savoir. Mais ce qui est écoeurant, c’est que certaines personnes sont très critiques avec les médias marocains sauf lorsqu’ils parlent du Sahara Occidental. Pour eux, la MAP et consorts ne disent la vérité que quand ils dénigrent le Polisario où quand ils s’attaquent à l’Algérie.
C’est vrai que les jeunes qui ne sont pas intéressés par l’affaire ne sont pas obligés de tout savoir, surtout quand les livres du programme scolaire ne reflètent pas la réalité de ce qui s’est passé au Sahara. Cependant, les personnes moins jeunes devraient connaître la réalité du conflit et son lien avec la région.
La répartition coloniale de l’Afrique par les puissances européennes, dans le congrès de Berlin (1884 – 1885) a obligé l’Espagne à demander un territoire continental, qui servirait de protection aux îles Canaries. C’est la fin du XIXe siècle et l’Espagne avait cessé d’exister comme puissance impérialiste. Ses anciennes colonies latinoaméricaines, après une longue lutte, avaient fini par arracher leur indépendance. Avec ce bagage, l’Espagne s’est présenté au Congrès de Berlin. Malgré cela, ils ont accepté sa demande et nous pouvons considérer cette date comme le début du colonialisme espagnol au Sahara Occidental.
Comme tout pays colonialiste, l’Espagne a commencé sa pénétration dans le territoire de manière discrète, faisant des services et faveurs à quelques tribus sahraouies; surtout celles qui vivaient dans la zone côtière. C’est ainsi qu’ils fondent une factorerie dans l’actuelle ville de Dajla, au sud du territoire qu’ils utilisent pour faire du commerce avec les habitants mais aussi pour les étudier et pouvoir former un détachement militaire qui servirait à reconnaître le terrain et les habitants qui y vivent. En réalité, l’Espagne ne mettra pas le territoire sous son contrôle jusqu’au 1936, un peu avant le début de la guerre civile espagnole. C’était un contrôle éphémère puisque jusqu’à ce moment c’était une occupation stratégique à cause de la proximité avec les îles Canaries. Cela change avec la découverte des mines de phosphate de Bucraa. La pureté du minerai et la possibilité d’exploitation d’une façon rapide et économique, réveille les appétits de l’administration espagnole.
Au début des années soixante, on commence à parler du Sahara dans les conseils de ministres espagnols d’une perspective économique. Le gouvernement débourse des budgets pour le « développement » du territoire, c’est-à-dire, l’exploitation brutale des ressources naturelles sahraouies. Aujourd’hui, le Maroc ne cesse de parler de « développement dans les provinces du Sud ».
Mais ce que le gouvernement franquiste n’avait pas prévu c’est que les pays africains vont se libérer du joug colonial et à l’ONU on parle d’autodétermination des peuples. L’instance internationale recommande à l’Espagne de quitter sa colonie. Les premières résolutions qui plaident pour l’indépendance du territoire sahraoui commencent à voir le jour.
La décennie des soixante est convulsée. Le gouvernement espagnol se concentre seulement sue la façon de pouvoir exploiter les ressources du territoire. L’abandon de la population autochtone est scandaleux. Depuis Madrid on prête peu d’attention au développement économique et social des sahraouis; pire encore, on essaie d’empêcher qu’ils s’émancipent. Les contradictions entre la métropole et la colonie s’accentuent. Le point algide se produit le 17 juin 1970, la population se jette dans la rue et demande plus de liberté. La réponse de l’Espagne est violente; la légion espagnole charge contre les manifestants avec quelques morts et la disparition du leader Mohamed Basiri, la répression est devenue quelque chose de quotidien. Le peuple sahraoui comprend que la voie du dialogue pour obtenir l’indépendance est fermée. Trois ans après, le Front Polisario naîtra avec le slogan « Nous arracherons la liberté avec les fusils ».
Après deux ans d’affrontements, l’Espagne accepte de donner l’indépendance au peuple sahraoui à travers un référendum d’autodétermination. Les sahraouis veulent y croire et se préparent à vivre en liberté.
En octobre 1975, un revirement se produit dans la politique espagnole, les promesses deviennent des doutes. Les quartiers où les sahraouis habitent sont entourés de barbelés, les militaires qui pendant des années ont servi l’Espagne sont licenciés, un couvre-feu est déclaré pour les saharauis seulement et le plus étonnant est que le trente et un du même mois, les forces espagnoles commencent à livrer les postes avancés du désert à l’armée marocaine. Incrédulité et étonnement au Front POLISARIO et les citoyens sahraouis.
Le Maroc, profitant de la maladie de Franco et la faiblesse du régime, commence à faire pression sur l’Espagne avec la Marche Verte, une véritable invasion de misérables et de déshérités protégés par l’armée marocaine et avec le soutien économique des puissances occidentales et des royaumes arabes pourris. Le 14 novembre, l’Espagne capitule et signe les Accords Triparties de Madrid avec le Maroc et la Mauritanie où elle trahit le peuple sahraoui et l’abandonne à son sort.
La trahison de l’Espagne oblige le Front POLSARIO à improviser dans les premiers moments de l’invasion, bien qu’ayant pour but principal la protection de la population civile, qui avait fui les villes sous les bombardements de l’aviation marocaine. Des moments vraiment dramatiques pour les sahraouis.
Le dernier soldat espagnol quitta le Sahara Occidental le 26 février 1976. Le lendemain, à 00:00 heures, c’est le moment choisi par le peuple sahraoui pour proclamer la RASD comme aspiration maximale de liberté et d’indépendance.
Depuis ces jours lointains, les victoires obtenues sont nombreuses. Le peuple sahraoui a arraché une reconnaissance internationale, après avoir nourri une guerre de quinze ans contre l’envahisseur marocain, où il a démontré à la communauté internationale le désir ardent de liberté et de justice de tous les saharauis. Les résolutions des Nations Unies qui réaffirment le droit de ce peuple à l’autodétermination et indépendance se comptent par centaines. Les nations et les peuples du monde entier reconnaissent l’existence des sahraouis, raison pour laquelle des relations de tout genre sont établies avec l’Etat sahraoui. Ils sont plus de quatre-vingts les pays qui reconnaissent la République Sahraouie et plusieurs d’eux maintiennent des relations diplomatiques au niveau d’ambassades. La RASD est membre à part entière de l’UA. Evidemment, les relations les plus étroites sont avec les pays africains, asiatiques et latino-américains par affinité idéologique, géographique, culturelle ou simplement de justice. Dans les pays occidentaux, vous trouverez des délégations du Polisario où on le reconnaît comme unique et légitime représentant du peuple sahraoui. Des milliers d’associations de soutien au peuple sahraoui dans tous les coins du monde et leur nombre s’accroît chaque jour.
Les jeunes saharauis, que ce soit dans les camps de réfugiés de Tindouf ou dans les territoires occupés par le Maroc, s’efforcent pour participer dans la lutte de libération de leur peuple, sans abandonner les études qui feront d’eux les dirigeants de l’avenir. Leur sens du sacrifice et d’abnégation pour dénoncer la violation des droits les plus élémentaires de leur peuple par l’occupant est digne de respect. Plusieurs d’eux se trouvent dans les prisons marocaines et subissent les pires traitements.
Le gouvernement marocain, qui nie l’existence des sahraouis, qui viole systématiquement leurs droits et ne respecte pas les résolutions de l’ONU, se voit obligé de s’asseoir sur la même table avec les leaders du Polisario, en tant que représentant du peuple sahraoui, pour chercher une solution au conflit, qui existe, mais qui n’intéresse pas la clique de Rabat.
Dans les 35 ans de combat pour la liberté, la nation sahraouie s’est organisée et a constitué un Etat à part entière pour se préparer à l’indépendance future. La population sahraouie, terrifiée par la violence de l’envahisseur a été contrainte à vivre dans l’exil et à s’organiser en communauté politique, devenant une véritable organisation étatique avec la majorité des éléments qui caractérisent un Etat. L’Etat Sahraoui dispose bien du critère organique : une population bien définie, bien que partagée entre camps de réfugiés et territoires occupés ; du critère fonctionnel : il est organisé en fonction d’une administration et d’institutions qui exercent une autorité et un pouvoir de coercition. Mais l’Etat sahraoui ne dispose pas du critère géographique fondamental puisqu’il s’est construit dans l’exil. Pourtant la RASD a réussi à s’édifier en tant qu’organisation juridique et à se maintenir depuis plus de 35 ans, alors que l’Etat-Nation sahraoui n’existait pas auparavant. Ce qui permet la continuité de l’Etat malgré l’absence d’un élément fondamental, c’est le fait national, qui est un ciment de l’Etat.
Au moment où le peuple sahraoui se prépare pour célébrer le 40ème anniversaire du soulèvement de 1970, les autorités marocaines, confinés dans le désespoir, ont opté pour la fuite en avant. La défaite militaire a été accompagnée par une lourde défaite diplomatique jusqu’au point de se jeter dans les bras sionnistes dans la recherche du salut. L’ONU et l’UA s’accrochent au principe d’autodétermination. Les violations des droits de l’homme sont condamnées au quotidien. Le Makhzen est devenu expert en clônage. Si les sahraouis organisent un festival de cinéma, Rabat fait pareil. Si un citoyen sahraoui crée un blog, les marocains feront de même et lui donneront le même nom. Leur dernier espoir? Que la propagande et les mensonges leur offrent le Sahara occidental sur un plateau d’or. Bref, la confusion totale au royaume enchanté de Mohamed VI.

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