Le Maroc et le tourisme sexuel

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Dimanche 19 mars 2006, deux chaînes parmi les plus importantes du PAF (paysage audiovisuel français) offrent au Maroc une publicité dont il pouvait se passer. Claire Chazal, célèbre présentatrice de Tf1, annonce au journal de 20 heures, suivi chaque jour par quelque 10 millions de téléspectateurs, un reportage sur le tourisme sexuel au Maroc.
La caméra de Tf1 s’insinue parmi les dédales de la vieille médina de Marrakech et dans les avenues et les boîtes de nuit d’Agadir pour en extraire des images et des témoignages accablants sur l’effervescence que connaît le phénomène dans ces deux villes. Mais c’est Enquête Exclusive, l’émission d’investigation de M6, qui fera le plus de mal: images de proxénètes filmés en caméra cachée proposant les services d’enfants âgés d’à peine huit ans, rappel des grands scandales sexuels qui ont défrayé la chronique ces deux dernières années, témoignages de jeunes prostitués et de garçons abusés…
Diffusés dans la même soirée, en prime time, à deux heures d’intervalle l’un de l’autre, ces deux reportages, qui ont mis à nu une réalité particulièrement sordide de notre pays, ont sérieusement écorné l’image du Maroc touristique. Ce pays de soleil, de mer et de couscous vanté dans les brochures et les devantures des agences de voyages, sur les affiches et les panneaux publicitaires déployés à Paris et dans d’autres capitales européennes, ainsi que dans les spots télévisés de l’Office National du Tourisme.
Deux mois auparavant, un autre reportage sur la prostitution infantile au Maroc concocté par des journalistes espagnols en mal d’images chocs et diffusé sur la chaîne espagnole Antenna 3, avait fait lui aussi un grand bruit.
Hormis la dégradation de l’image du Maroc, présenté comme un paradis sexuel, le documentaire d’Antena 3 a eu pour conséquence l’arrestation et l’incarcération d’une trentaine de personnes à Tanger et à Marrakech. Mais que révèlent ces reportages? Rien de nouveau, si ce n’est une réalité que tout le monde connaît ici-bas. Car, quoi qu’on en dise, le phénomène du tourisme sexuel n’est pas tellement récent au Maroc.
Déjà, dans les années 1930 et 40, lorsqu’elle avait le statut de ville internationale, Tanger était connue pour être une destination très prisée par la communauté Gay. Au lendemain de l’indépendance du Maroc, et à partir des années 60, ce sont surtout les touristes sexuels espagnols qui continuent de fréquenter Tanger. Majoritairement homos, ces touristes traversaient le Détroit pour venir s’offrir les charmes d’une population jeune, masculine et déshéritée. Mais, à l’époque, ce phénomène restait marginal. Il faudra attendre les années 70 et, surtout, les années 80 pour qu’il prenne de l’ampleur. Marrakech et Agadir deviennent les pôles d’attraction préférés des homosexuels allemands, français et scandinaves.
La demande créant l’offre, des jeunes gens commencent à racoler et à proposer leurs corps sur la place Jamâa Lafna et dans les cafés de Guéliz, à Marrakech. À Agadir, l’essentiel de l’activité était concentré dans les plages et sur l’avenue Mohammed V.
Dans les années 80, juste après l’éclatement de la guerre au Liban, une nouvelle race de touristes sexuels va s’intéresser au Maroc. Riches de leurs pétrodollars, des Moyen-orientaux, essentiellement saoudiens et koweïtiens, affluent en masse. La plupart s’établissent à Casablanca, où ils trouvent une offre généreuse de femmes, jeunes, belles, arabes et, surtout, musulmanes. 
Avec le temps, beaucoup parmi ces touristes du Golfe, ironiquement baptisés Lahouala (moutons), s’installent de façon définitive au Maroc, où ils fondent des familles avec femmes et enfants. 
Au début des années 90, après l’ouverture des frontières entre le Maroc et l’Algérie, des jeunes Algériens débarquent par milliers pour épancher leurs frustrations dans les bordels miteux de certaines villes du moyen Atlas comme Azrou, Imouzzar, El Hajeb et Khénifra. L’afflux des Algériens cessera dès 1994, après la fermeture des frontières.
Cette date qui coïncide avec le retour de la paix au Liban, marque également la diminution du nombre des touristes sexuels arabes. Ceux-ci se font de moins en moins nombreux au Maroc et optent pour le Liban, mais également la Jordanie et les Émirats Arabes Unis qui offrent l’avantage de la proximité. Entre temps, le Maroc dont le gouvernement a lancé la vision 2010 avec pour objectif d’attirer 10 millions de touristes chaque année, reçoit de plus en plus de touristes occidentaux. Et par ricochet, d’avantage de touristes sexuels. À Marrakech et à Agadir, les deux destinations favorites de ces touristes, la prostitution prospère à vue d’œil. Et les scandales se multiplient.
Au lendemain du Tsunami qui a ravagé les côtes de plusieurs pays de l’Asie du sud-est en décembre 2004, la cadence va s’accélérer de manière spectaculaire. Dès lors, le Maroc devient une destination très en vogue. Sur Internet, dans les forums spécialisés, le royaume est décrit comme un pays ouvert et permissif. Plus proche que la Thaïlande, les Philippines ou le Sri lanka, il ne manque pas pour autant d’exotisme.
C’est ainsi que sur ces forums, des pédophiles et des touristes sexuels se délectent de leurs exploits à l’ombre des minarets, dans la volupté des Ryads, avec des partenaires musulmans dociles et bon marché. 
Parmi ces touristes qui apprécient les frasques en terre d’Islam, Philippe Servaty, journaliste du quotidien Belge Le Soir, défrayera la chronique à Agadir. Ses ébats filmés, diffusés sur Internet, puis gravés sur des Compact Disc (CD) coûteront leur liberté à treize femmes innocentes. 
Baptisées les filles du CD, ces innocentes victimes, dont une était mineure ont passé de longs mois en prison. Onze ont été libérées, tandis que deux sont toujours en détention. Philippe Servaty qui fantasmait sur des femmes musulmanes, les contraignait à porter le voile pendant l’acte sexuel.
Avant même que ce scandale ne soit oublié, Agadir fut récemment le théâtre d’une autre affaire de CD. Mais cette fois-ci, les faits sont beaucoup plus graves. Le jeudi 16 mars 2006, un ressortissant allemand a été en effet arrêté en flagrant délit de pédophilie. Âgé de 67 ans, cet Allemand qui fréquente Agadir depuis une vingtaine d’années draguaient des jeunes garçons démunis et désoeuvrés de la banlieue d’Agadir.
Il les attirait ensuite à bord de sa caravane et les prenait en photo dans des poses obscènes, moyennant 50 à 70 dirhams. Lors de son arrestation, la police a saisi dans sa caravane un cd-rom contenant 250 photos de jeunes hommes nus, âgés entre 15 et 21 ans. Mais c’est surtout à Marrakech que la pédophilie bat son plein. En l’espace de deux années, cette ville a en effet connu une dizaine d’affaires impliquant des ressortissants étrangers.
Le scandale le plus marquant, reste sans conteste celui du Français Hervé Désiré Le Gloannec. Arrêté en mars 2005 en plein acte avec un mineur de 14 ans dans son appartement de Daoudiyat, la police a découvert sur le disque dur de son ordinateur 100 000 photos et 17 000 vidéos à caractère pédophile. Parmi ces photos, la police dénombrera une cinquantaine de victimes marocaines.
Le reste étant constitué de clichés de jeunes asiatiques et africains. Malgré tout, Hervé le Gloannec et son rabatteur Mustapha Balsami, ne seront finalement condamnés qu’à des peines dérisoires. Fait nouveau au Maroc, Marrakech est également devenue une destination prisée par les réseaux pornographiques internationaux. C’est ainsi que, le samedi 4 mars 2006, une dizaine de jeunes Marrakchis ont été condamnés à des peines allant de six mois, jusqu’à six années de prison. Leur tort: avoir joué dans des films pornographiques homosexuels tournés par une boîte de production française et diffusés sur Internet.
Longtemps toléré par les autorités, qui fermaient les yeux sur les incartades de ces touristes spéciaux mais pourvoyeurs de devises, le tourisme sexuel a pris au fil des ans des allures de véritable industrie informelle. Cependant, à la différence de pays comme la Thaïlande, le Vietnam ou le Sri Lanka, le Maroc n’a pas connu l’émergence de réseaux organisés et spécialisés dans cette activité, qui reste le fait d’individus et de groupes de personnes isolés.
Ceci étant, dans certaines villes comme Agadir, Marrakech, mais également Tanger, Casablanca, Rabat et de plus en plus, Ouarzazate, Essaouira et Taroudant, les populations qui vivent de cette activité se comptent par dizaines de milliers de personnes de tous bords: prostitués professionnels et occasionnels, proxénètes, enfants des rues, hôteliers, tenanciers de bars et de discothèques…
Diverses couches de la société marocaine sont en effet représentées. En plus des pauvres qui constituent le gros des troupes, on retrouve également des prostitués, hommes et femmes, issus de la classe moyenne, qui cherchent à arrondir leurs fins de mois. L’offre, elle aussi, est très variée.
À Marrakech, Ouarzazate, Tanger ou Agadir, des prostitués de luxe qui racolent dans les palaces et les restaurants branchés proposent leurs services à des prix variant entre 150 et 300 euros (1.500 à 3.000 DH). Tandis que, dans la rue, les prostitués bas de gamme et les enfants des rues vendent leurs corps entre 50 et 200 dirhams.
Pendant des années, cette réalité passait presque inaperçue.
Se développant à l’ombre des tabous et des non dits, le tourisme sexuel ne prendra davantage de visibilité que pendant les dernières années, marquées par plus d’ouverture démocratique et médiatique. Le développement des médias aidant, les affaires de pédophilie et de tourisme sexuel, autrefois gérées dans la discrétion, sont devenues le sujet favori de la presse écrite. Et même les deux télés nationales osent aujourd’hui l’aborder.
En revanche, les membres du gouvernement ne semblent guère concernés. Confrontées à un dilemme, les autorités marocaines hésitent entre un verrouillage sécuritaire qui peut avoir pour conséquence la désertion des touristes, ou une attitude passive avec le risque de laisser la situation s’aggraver et pourrir.
Les islamistes, eux, restent étrangement impassibles. Mais pas pour longtemps. À l’approche des élections de 2007, ils ne manqueront pas d’exploiter l’essor de ce phénomène pour en faire un argument politique de leurs campagnes.
En attendant, seule la société civile semble s’activer. Plusieurs associations se sont constituées pour lutter contre le tourisme sexuel et la pédophilie. Parmi elles, l’association Touche pas à mon enfant, dirigée par Najat Anwar, est l’une des plus remuantes et des plus agissantes en matière de lutte contre la pédophilie.
Dernièrement, elle a été rejointe par l’Association marocaine des Droits de l’Homme (AMDH). Interpellés par cette évolution, les reporters de M6 et ceux de Tf1 ont d’ailleurs choisi de débuter leurs reportages avec les images de manifestations organisées récemment à Marrakech par ces deux associations.
On y voit des hommes, des femmes et des enfants descendus dans la rue pour dénoncer le tourisme sexuel et la pédophilie.
Scènes inconcevables il y a quelques années, et uniques dans le monde arabo-musulman, ces manifestations se font de plus en plus fréquentes au Maroc. Elles traduisent le ras-le-bol de la population.
Source : Skyrock, 24/05/2007

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