Première mesure de confiance : la destruction du mur de la honte

La  visite du président du HCR au Maroc et au Sahara Occidental vient de s’achever. Il a réussi à relancer un des points qui font partie de ce que l’on appelle les mesures de confiance. Il s’agit de la réouverture d’une voie terrestre pour permettre de fomenter l’interchange de visites familiales des deux côtés du mur de défense marocain.
Jusqu’à maintenant, les visites dans les territoires occupées par le Maroc ont été caractrisées par une surveillace étroite des maisons où se rendaient les visiteurs. Dès leur arrivée, les agents de sécurité, en uniforme et en civil, se pointaient presque devant les portes pour controler tout mouvement et toute personne qui y se rend pour saluer les visiteurs.
Parallèlement, les campagnes de répression, d’emprisonnement et d’intimidation n’ont jamais cessé depuis l’enclenchement du soulèvement populaire à El Aaiun en 1999.
Le gouvernement marocain n’arrête pas de dire que les réfugiés sahraouis sont des séquestrés en territoire algérien, alors qu’il utilise la terreur pour silencier la population qui se trouve dans la partie du Sahara Occidental sous son contrôle. Il y a lieu de se demander qui sont les vrais séquestrés qui doivent tous les jours subir la foudre de l’occupation coloniale.
Cette population est entourée d’un mur de sable et de mines de plus de 2000 km qui l’empêche de circuler à sa guise. Ne peut-on pas considérer cela comme l’une des pires formes de séquestration?
Puisque la guerre est finie depuis plus de 18 ans, pourquoi le gouvernement marocain n’a pas assoupli les mesures de contrôle autour du mur en ouvrant des brèches pour permettre la population de se rendre en toute liberté dans toute la région du Sahara Occidental?
Le gouvernement marocain trahit ses promesses depuis plus de 18 ans. Aujourd’hui la communauté internationale demande au Front Polisario de lui faire confiance. Même si celui-ci accepte la solution de l’autonomie, il n’y a aucune garantie que Rabat respecte ses engagements.
Même les citoyens marocains ne peuvent lui faire confiance. Au moment où le peuple marocain voyait dans l’arrivée du nouveau roi une lueur d’espoir de voir le Maroc devenir une démocratie, le voilà trahi par son propre roi. La répression, les violations des droits de l’homme, la corruption et la fraude continuent à être le pain quotidien des marocains. La presse indépendante harcelée par des juges à la merci du ministère de l’intérieur, les défenseurs des droits de l’homme jetés en prison pour des motifs préfabriqués.
Ceci est dans le présent. Dans le passé, l’histoire de la monarchie marocaine est marquée par une longue série de trahisons, dont les plus importantes sont:
– Avant l’indépendance, la monarchie a fait preuve d’une trahison passive qui durera jusqu’aux derniers soulèvements populaires des années 53-55, en ne centralisant pas les innombrables mouvements de résistance qui vont se développer dans tout le pays, et en aidant au maximum son gendarme français à les réprimer. 
– Après l’indépendance du Maroc, le 2 mars 1956, le Parti Istiqlal décide de continuer la lutte armée contre l’occupation espagnole au Sahara Occidental et l’occupation française de la Mauritanie pour réaliser le rêve d’Allal El Fassi du « Grand Maroc » allant de Tanger au Fleuve Sénégal. Le roi Mohamed V décide en 1958 retirer son appui à l’Armée de Libération Marocaine et participer à son anéantissement en collaboration avec les troupes espagnoles et françaises dans ce qui allait être connu sous le nom d’Opération Ecouvillon. La récompense du roi du Maroc était l’annexion de Tarfaya en 1958. 
– Le 22 octobre 1956: Les dirigeants du FLN sont dénoncés par Rabat et leur avion, un DC-3 de la Royal Air Maroc, est détourné par la France. Ben Bella, Aït Ahmed, Boudiaf, Khider et Lacheraf sont faits prisonniers. 
– 1962 : Le Maroc offre des avions de combat MIG à l’Algériequi s’avéreront, un an plus tard, inutilisables lors de la guerre des sables. 
– Octobre 1963 : La découverte des gisements de fer de Ghar Jbeïlate attire la convoitise de Rabat qui lance des attaques sur la région de Tindouf et Bechar. Les escarmouches ont duré près de trois mois. L’Algérie en est sortit victorieuse malgré les blessures de la guerre d’independance encore toutes fraîches. 
–  Avec la reprise des revendications marocaines en 1974, le Maroc trahit l’accord signé avec l’Espagne en 1969 lui ayant permis d’obtenir l’enclave de Sidi Ifni en échange de l’abandon de ses prétentions territoriales. 
– Le 6 novembre 1975, avec la Marche Verte trahit les accords du 14 septembre 1970 entre l’Algérie, la Mauritanie et le Maroc sur le Sahara occidental dans lequel chacun admet le principe d’autodétermination sur la base de la résolution de l’Assemblée Générale de l’ONU du 16 décembre 1965. La question du Sahara avait été portée à l’attention des instances internationales, et notamment des Nations Unies. L’armée marocaine commence à s’incruster dans le territoire sahraoui. 
– Le 14 novembre 1974, le Maroc signe avec la Mauritanie et l’Espagne l’Accord Tripartite de Madrid sans demander l’avis du gouvernement algérien, jusque-là partie concernée. 
– Fin 1983 : Omar El Mehechi, opposant libyen est livré au gouvernement libyen. Un avion royal le transportant en Arabie Saoudite pour le pèlerinage atterrit dans un aéroport libyen. En retour, Kaddafi cesse son soutien en armes et en argent au Front Polisario. 
– La monarchie a aussi trahi ses promesses de démocratisation et de décentralisation du pouvoir faites depuis les années 1960 et avec les assassinats de leurs leaders (Mehdi Ben Barka, Omar Benjelloun)  sans oublier ses trahisons à la cause arabe et palestinienne en soutenant les accords de Camp David signés par Anwar Sadat en 1983 et la tenue des relations diplomatiques avec l’Etat d’Israël. 
Dans ces conditions, il est légitime de se demander à quel point le roi et le gouvernement marocains sont prêts à respecter leurs engagements vis-à-vis des sahraouis, au moment où ils ne sont pas capables de respecter ceux qu’ils ont vis-à-vis du peuple marocain même.
La première mesure de confiance doit être la destruction de ce mur de la honte qui sépare la population sahraouies depuis 34 ans. 
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