Le vrai danger vient du Maroc

En hébergeant les prisons secrètes de la CIA, en échange du soutien de l’administration Bush à son plan d’autonomie, le Maroc et ses alliés ont remué ciel et terre, se sont mobilisés partout dans le monde pour expliquer les « vertus » de l’occupation du Sahara Occidental. Ils ont tout fait pour imposer leur solution pour ce territoire que le Maroc a envahi en 1975 et qui est toujours considéré par l’ONU comme un territoire non-autonome dont la décolonisation doit s’achever à travers un référendum d’autodétermination qui inclut l’option de l’indépendance totale dans ses urnes, comme exigé par les résolutions 621 du Conseil de Sécurité (1988) et 690 (1991). Cette réalité a conduit à la formation de la MINURSO et au cessez-le-feu en 1991. Mais l’indulgence des Nations Unies avec le Maroc a encouragé celui-ci à suivre la voie de l’obscurcissement et l’obstruction au point d’enterrer l’idée d’un référendum libre et juste. Le long processus de concessions imposées au Front Polisario a fait que ce dernier n’a plus rien à donner, si ce n’est l’essence même de son existence et de l’idéal de son peuple.

Depuis 1991, le Maroc a fait tout dans ce qui est dans son pouvoir pour prolonger l’impasse indéfiniment, caché derrière le mur de 1500 km de long avec lequel il a divisé le Sahara Occidental pour garder le Front Polisario hors des secteurs qu’il occupe. Au même temps, le Maroc a encouragé une population marocaine misérable à s’installer au Sahara Occidental occupé, leur offrant des primes financières pour rester. Environ 200,000 colons (plus environ 160,000 soldats campés le long de la berme) , un chiffre qui dépasse largement la population sahraouie qui est restée au territoire après l’invasion marocaine.

Depuis des années, les marocains n’ont pas arrêté de crier au loup, que les camps de réfugiés sont devenus des nids pour les terroristes, que la sécurité européenne est en jeu, que le Maroc est un rempart de la lutte contre les extrémismes… Bref, au nom de la sécurité régionale et internationale, la communauté internationale doit approuver l’occupation de ce territoire, tout en ignorant les résolutions de l’ONU et le principe de l’autodétermination. Nous devons accepter un nouveau visage du colonialisme en Afrique pour garantir notre propre sécurité. Pour les lobbies pro-marocains, l’agression marocaine contre les sahraouis devrait être récompensée au nom de la guerre contre le terrorisme, comme on a accepté de pratiquer la torture au nom de cette guerre. Pendant un certain temps, des centres d’études stratégiques de tout genre ont répété et répété que les « espaces vides » du Sahara doivent être sécurisés au point de pousser l’administration américaine à créer la force AFRICOM dont le QG n’a pas été installé au Maroc à cause du refus américain à continuer à soutenir l’autonomie marocaine.

Maintenant que s’est avéré que la menace terroriste n’était qu’un épouvantail brandi par les autorités marocaines, les enlèvements de touristes au Mali semble n’avoir aucun rapport avec Al-Qaida, mais plutôt avec des groupes de contrebande ou des mouvements touaregs qui exigent, en contrepartie, rattraper le retard enregistré dans le développement du Nord du Mali. Derrière ces agissements il y a l’intention d’attirer des soutiens financiers au nom de la lutte contre le terrorisme. Dans ce contexte, il y a la possibilité que le Maroc soit derrière l’attaque contre les troupes mauritaniennes dans la région de Zouérate dans le but de convaincre les gouvernements occidentaux à adopter ses arguments alarmistes. Tout comme le meurtre du citoyen américain à Nouakchott était dans le but d’assouplir la position américaine par rapport à la nouvelle situation en Mauritanie.

« Le Maroc est un pays démocratique et l’autonomie est la seule solution, à l’instar des Basques, des Catalons, des Ecossais… », disent-ils. Il serait intéressant de jeter un coup d’œil sur les impressions de ces communautés sur leurs versions d’autonomie au sein d’un grand Etat, si elle a résolu tous leurs problèmes. Et pour faire avaler leur recette, les propagandistes marocains cherchent à faire la communauté internationale moins disposée envers le Polisario en le qualifiant de tous les mots : anti-démocratique, esclavagiste, contrebandiste… Le terme séparatiste est utilisé pour prétendre que le mouvement de libération sahraoui représente une minorité problématique qui veut en finir avec un état souverain existant, alors que la réalité est que c’est une organisation qui s’est battu contre le colonialisme espagnol et qui se bat, actuellement, contre un voisin agressif et expansionniste caractérisé par des ambitions sans limites. Le Front Polisario est reconnu, depuis, 1975, comme étant le seul et unique représentant légitime du peuple sahraoui.

Les lobbies pro-marocains ont longtemps chanté que le Polisario est communiste, en soulignant ses relations avec Cuba. En face, ils décrivent le royaume chérifien comme un pays qui a entrepris des réformes démocratiques. Mais, dix ans après, le Maroc continue à être la monarchie héréditaire dont le roi accumule tous les pouvoirs et où la répression, la violation des droits de l’homme, la censure de la presse nationale et étrangère, la censure d’Internet… est le pain quotidien des marocains.

La domination du Sahara occidental par le Maroc ne fera pas de l’Europe un continent plus sûr, mais renforcera simplement un régime anti-démocratique et répressif qui dirige un pays où l’extrémisme religieux augmente, alimenté par l’oppression, la pauvreté et la marginalisation. Le soutien de l’occupation du Sahara Occidental ne contribuera pas à élargir la zone de contrôle du Maroc jusqu’au désert algéro-malien où des prétendus terroristes « cherchent à détruire la civilisation occidentale ». Soutenir le Maroc à étendre son contrôle jusqu’au Sahara Occidental implique, forcément, une montée de tension et, dans le pire des cas, l’endossement du génocide du peuple sahraoui, augmentera le sentiment de désespoir des sahraouis et les poussera à reprendre les armes de nouveau. Les nouvelles générations sahraouies ne laisseront pas la realpolitik substituer leur espoir, ce qui rendra cette région moins stable et rendra la menace de sécurité internationale réelle.

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